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Art-thérapie: 8 idées reçues à déconstruire aujourd'hui

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Écrit par Alice Albertini, art-thérapeute MA.

Cet article aborde l’art-thérapie à modalité arts plastiques.

 

L’art-thérapie est une approche thérapeutique qui utilise la création artistique pour favoriser l’expression et la transformation intérieure. Contrairement aux idées reçues, elle ne se limite ni aux enfants ni aux personnes ayant des troubles psychiques graves. Elle repose sur des bases scientifiques importantes et s’adresse à toute personne intéressée à utiliser le processus créatif pour mieux se comprendre.

Développée dans les années 1940 par Margaret Naumburg et Edith Kramer, l’art-thérapie comme métier de soin est aujourd’hui pratiquée dans divers contextes : hôpitaux, écoles, institutions psychiatriques, milieux communautaires. Elle est encadrée par des professionnel-le-s formé-e-s à l’accompagnement clinique, qui ont une connaissance personnelle du processus artistique et des matériaux d'art.

Pourtant, des mythes persistent et brouillent le sens de ce terme. Cet article déconstruit les idées fausses les plus courantes sur l’art-thérapie et met en lumière son véritable potentiel.

 

 

 

IDÉE REÇUE #1 : L’ART-THÉRAPIE, C’EST POUR LES ENFANTS

L’art-thérapie est souvent associée aux enfants, car ils ne savent pas exprimer en mots ce qui ne va pas, surtout au niveau de leurs émotions. Les enfants apprennent en "faisant". Ils y vont de l’expression créative très naturellement, à travers le dessin, la peinture ou le modelage (Rubin, 2005) sans trop se soucier du résultat. Cet espace de permission créative les aide à comprendre leurs ressentis, à réguler leurs émotions et à renforcer leur confiance en eux (Malchiodi, 2016).

Mais l’art-thérapie ne s’adresse pas uniquement aux enfants. Les adultes et les aînés en retirent de nombreux bienfaits. Pour les adultes, l’art-thérapie offre un espace où ils peuvent explorer leurs émotions sans forcément devoir les verbaliser. Elle est particulièrement utile dans les périodes de transition, comme un deuil, un burn-out ou une séparation, en permettant une expression libre et authentique. Elle offre un miroir dynamique au développement de leur identité.

Chez les personnes âgées, elle stimule la mémoire, réduit l’anxiété et favorise la communication. Elle est précieuse pour les personnes atteintes d’Alzheimer ou souffrant de troubles cognitifs, en leur permettant d’exprimer des souvenirs et des sensations autrement qu’avec les mots (Partridge, 2019).

L’art-thérapie est une approche universelle qui s’adapte à chaque personne et à ses besoins.

 

 

IDÉE REÇUE #3 : IL FAUT DES COMPÉTENCES EN ARTS POUR EN BÉNÉFICIER

Aucune compétence artistique n’est nécessaire pour pratiquer l’art-thérapie. Pourtant, beaucoup hésitent : « Je suis nul-le en dessin! Je ne sais pas peindre! Je ne maîtrise pas les matériaux… » Cette crainte vient d’une vision erronée de l’art-thérapie, souvent perçue comme un espace réservé aux artistes. En réalité, l’art-thérapie n’a rien à voir avec un cours de dessin ou de peinture. Il n’y a ni performance ni évaluation, ni enseignement technique. L'espace d'art-thérapie ne demande pas d’être « bon » en arts plastiques, ni en quoi que ce soit, c'est ce qui la distingue clairement d'une classe d'arts.

Ce qui compte, c’est le processus créateur. Peindre, coller, modeler, assembler ou même déconstruire une création permet d’explorer ses émotions autrement que par les mots. L’important n’est pas de faire « du beau » mais de faire du « vrai » comme le souligne l’art-thérapeute québécois Jean-Marc Péladau. Que l’œuvre créée en séance d'art-thérapie devienne le reflet de l’expression authentique de la personne.

Celles et ceux qui ont la curiosité d’essayer, découvrent souvent un écho de leur monde intérieur et éprouvent un effet apaisant, plus "déposé". En art-thérapie, il n’existe ni un bon ni un mauvais art. C’est impossible de « rater » une séance et le résultat n’a jamais besoin d’être plaisant ou joli. Chaque geste, chaque forme informe davantage la personne sur les questions et les difficultés qu’elle est venu explorer en séance.

L’art-thérapie ouvre un espace libre, sans jugement, où chacun peut s’exprimer pleinement à son rythme. L’essentiel est de s’autoriser à créer en étant guidé-e par un-e professionnel-le bienveillant-e à ses côtés. D'ailleurs, dans notre pespective il n'existe pas d'art-thérapie, n'il n'y a pas la présence d'un-e art-thérapeute aux côté de la personne.

 

 

IDÉE REÇUE #4: L'ART-THÉRAPEUTE VA INTERPRÉTER MON ART

Combien de fois une art-thérapeute s’est-elle vu demander d’analyser un dessin d’enfant pour y détecter une pathologie ? Cette attente repose sur une autre idée reçue : l’art-thérapeute n’est ni une analyste, ni une voyante, ni une experte en symbolisme. Contrairement aux tests projectifs ou aux grilles psychanalytiques, l’art-thérapie ne cherche pas à décoder des images. Elle établit un espace privilégiant l’exploration personnelle et le résultat final n’est pas sujet à l’interprétation.

L’objectif est d’aider chaque personne à donner du sens à sa propre création. L’art-thérapeute pose des questions, écoute, mais n’impose jamais le sens. Une analyse extérieure risquerait de fausser la perception du client, l’amenant à adopter une explication qui ne lui appartient pas. Même si les parents ou l’équipe soignante espèrent une lecture précise, ce n’est pas le rôle de l’art-thérapeute de le faire. La seule exception concerne le protocole d’évaluation parfois réalisé en début de suivi clinique.

L’art-thérapie est au service de l’autonomie du client. Elle lui permet d’explorer ses sentiments et de s’appuyer sur sa boussole intérieure. Le client apprend progressivement à se faire confiance. Ce processus lui appartient, et l’art-thérapeute ne doit pas interférer. Ce qui importe, ce n’est pas ce que l’art-thérapeute saisit, mais ce que l’image évoque pour la personne qui l’a créée.

D’un point de vue éthique, l’art-thérapie repose sur le respect du client et de son expérience subjective. Les institutions professionnelles insistent sur l’importance de laisser émerger la signification de manière naturelle. L’art-thérapeute ouvre un dialogue bienveillant, sans imposer ses propres projections.

Chaque création est unique, son sens évolue avec le temps. L’essentiel n’est pas d'approcher une image comme une énigme, mais d’accueillir ce qu’elle révèle au moment présent.

 

IDÉE REÇUE #5 : LA SÉANCE D’ART-THÉRAPIE SE DÉROULE EN SILENCE

Le cliché du thérapeute silencieux, héritée du modèle psychanalytique, nourrit l’idée que les séances d’art-thérapie se déroulent dans le mutisme quasi total. En réalité, l’espace d’art-thérapie joue sur un équilibre subtil entre silence et parole, selon les besoins du client. Le silence complet lors d'une séance est possible. Mais le silence n’est pas un vide, c'est un espace d’introspection permettant d’accéder à ses émotions autrement que par les mots (Regev et al., 2016).

Pour certains, le silence sera apaisant et favorisera leur concentration, alors que pour d’autres, il générera de l’anxiété (Malchiodi, 2019). L’art-thérapeute doit donc ajuster son accompagnement en fonction de la personne. Si celle-ci se trouve absorbée dans sa création, l’art-thérapeute respectera ce moment sans forcément aller dans la discussion. L’espace de thérapie sera toujours orienté vers la personne et ses besoins. Si son besoin est de ne pas parler, alors le silence devient un outil thérapeutique.

Les séances d’art-thérapie alternent souvent entre moments silencieux et discussions. Certains préfèrent s’immerger totalement dans leur processus, tandis que d’autres ressentent le besoin de parler à quelqu’un de ce qu’ils vivent. Après la création, un temps d’échange verbal peut aider à mettre en mots les réflexions et les révélations qui ont émergé, si la personne y est ouverte.

Pour les enfants autistes non-verbaux ou les personnes avec des troubles langagiers, l’art-thérapie est précieuse car elle ne fait pas pression. Elle permet une expression variée sans passer par la parole, et offre ainsi un mode de communication alternatif.

Ainsi, le silence en art-thérapie n’est ni une règle stricte ni une absence de communication, mais un espace malléable qui s’adapte aux besoins de chacun, selon ce qui veut s'exprimer à ce moment-là.

 

 

IDÉE REÇUE #6 : L’ART-THÉRAPIE, C'EST POUR LES TROUBLES MENTAUX

Beaucoup pensent que l’art-thérapie professionnelle est réservée aux personnes souffrant de troubles psychologiques diagnostiqués. Pourtant, l’art-thérapie peut aider celles et ceux qui cherchent à mieux se comprendre, à gérer leur stress, passer à travers un deuil, ou à développer leur créativité.

Le manque de reconnaissance de l'art-thérapie professionnelle la fait souvent assimiler au « bien-être » au "loisir créatif". On assiste alors à une multiplication de formations bidons à 49$ et à bien des personnes trop peu formées de se déclarer art-thérapeutes. Le danger est que les clients éventuels pâtissent de ce manque de formation et que l'art-thérapie soit vue encore davantage comme une modalité superficielle.

Loin d’être limitée aux pathologies, l’art-thérapie est un outil qui favorise l’épanouissement personnel. Certains y trouvent un espace de ressourcement, d’autres l’utilisent pour enrichir leur expression artistique ou améliorer leur quotidien et leurs relations. L’art-thérapie s’adapte aux besoins de chacun-e.

Les séances peuvent être individuelles, familiales ou collectives, en milieu clinique ou communautaire. Dans les studios d’art-thérapie communautaire (ruches d’art), la création se fait librement, sans objectif précis. À l’inverse, d’autres approches sont plus structurées, adaptées à des suivis thérapeutiques ciblés aux clientèles (Alzheimer, survivants du cancer, autistes, décrochage scolaire…).

L’art-thérapie sociale, pratiquée dans les écoles, hôpitaux ou centres communautaires, encourage l’inclusion et le lien social. L’art-thérapie clinique, quant à elle, offre un accompagnement plus profond dans un cadre psychothérapeutique en cabinet privé.

En plus du cadre établi, ce sont les compétences de l’art-thérapeute qui feront la différence (une formation rigoureuse est importante) dans l’accompagnement de la personne. Il est ambitieux de considérer et reconnaître l’art-thérapie comme un véritable métier de soin, mais c’est tout à fait envisageable, grâce aux multiples exemples de son efficacité.

 

 

IDÉE REÇUE #7 : L’EFFET DE L’ART-THÉRAPIE EST SUBJECTIF

L’art-thérapie est souvent vue comme une approche un peu magique, représentée par des outils simplistes comme le coloriage, ou encore par des artistes exprimant leur démarche de se soigner eux-mêmes par leur art. Mais l’art-thérapie possède un effet positif et… objectif : plusieurs recherches en neurosciences confirment ses effets notables sur le cerveau. Les études citées ici ont été faites avec des séances d’art-thérapie « arts-plastiques ».

La création pendant une séance d'art-thérapie aide à intégrer les régions du cerveau par le biais des cinq sens. Cette intégration sensorimotrice peut aider les personnes ayant vécu un traumatisme à se reconnecter à leur corps et mieux gérer leur système nerveux (King, 2016).

Les études en neuro-imagerie (IRMf, EEG) montrent que l’acte créatif active des zones du cerveau liées à la mémoire, aux émotions et à la réponse au stress (Kaimal et al., 2019). L’art-thérapie stimule aussi la neuroplasticité, la capacité du cerveau à se réorganiser pour le changement. Selon Hass-Cohen & Carr (2008), la séance d’art-thérapie favorise aussi la communication entre le système limbique (émotions) et le cortex préfrontal (régulation émotionnelle), aidant ainsi à mieux gérer les traumatismes.

Des recherches indiquent aussi son impact sur la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), un marqueur clé de la résilience émotionnelle (Strang, 2024). Une VFC plus élevée après une séance d’art-thérapie suggère une meilleure régulation du stress, post création.

Une fameuse recherche de Kaimal et al. (2016) a révélé que 75 % des participants ont vu leur taux de cortisol baisser après 45 minutes de création. L’un d’eux témoigne : « Après quelques minutes, je me suis senti déjà plus détendu. »

Loin d’être subjective, l’art-thérapie repose sur des preuves scientifiques encourageantes. Son efficacité en gestion du stress, régulation émotionnelle et bien-être mental est de plus en plus reconnue dans le domaine des psychothérapies non-médicamenteuses.

 

 

IDÉE REÇUE #8 : L’ART-THÉRAPIE N’EST PAS UNE VÉRITABLE THÉRAPIE

Il est regrettable qu’un cliché récurrent sur l’art-thérapeute le voit comme un intervenant auxiliaire, un simple adjuvant qui complète les soins disponibles. Certains imaginent son rôle limité à « occuper » et « amuser » les clients sans réel suivi clinique et le placent dans la catégorie loisir créatif. Malheureusement, cette idée reçue cause une grande sous-estimation de la contribution que les art-thérapeutes peuvent offrir à leurs clients (sans compter leur salaire trop bas).

En réalité, l’art-thérapie est une forme de psychothérapie reconnue dans plusieurs pays, dont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Suisse, alors que d’autres pays se calquent de plus en plus sur ce modèle.

Les art-thérapeutes professionnels sont rigoureusement formés pour évaluer, traiter et accompagner leurs clients. Leur formation inclut un master en art-thérapie, souvent complété par des certifications (licences et permis d’exercer) et même des doctorats en recherche. Ils suivent un cadre strict incluant supervision clinique, codes déontologiques et formation continue. Nous espérons que les différentes institutions de formation en France s’aligneront sur ce modèle, pour que le vocabulaire entre les différents pays devienne universellement compris.

Dans les hôpitaux, les art-thérapeutes travaillent effectivement en équipe avec des psychiatres, psychologues et travailleurs sociaux. Leur rôle ne se limite pas à un simple ajout aux autres approches : ils apportent une expertise unique, intégrant création et psychothérapie.

Dans beaucoup de pays, l’art-thérapie a encore du chemin à parcourir pour être pleinement développée et reconnue. Pourtant, un certain nombre de recherches confirment sa pertinence et ses avantages. Elle s’impose progressivement comme une discipline essentielle en santé mentale, au même titre que la psychothérapie et le « counseling », offrant une approche créative et adaptée aux besoins des patients.

 

Conclusion

L’art-thérapie est une discipline exceptionnelle, dont les bienfaits sont confirmés par la recherche en neurosciences. Pourtant, elle reste entourée de nombreuses idées fausses qui limitent sa reconnaissance. À travers cet article, nous avons déconstruit 8 mythes courants pour mieux mettre en lumière la véritable nature de l’art-thérapie : une approche thérapeutique accessible à tous, soutenue par des données scientifiques, et menée par des professionnels qualifiés.

Que l’on cherche à surmonter un traumatisme, gérer le stress ou simplement mieux se réaliser, l’art-thérapie offre un espace créatif de transformation. Son avenir réside dans une meilleure sensibilisation du public et une reconnaissance institutionnelle accrue, afin que chacun puisse bénéficier de ses bienfaits.

Si cet article vous a permis d’y voir plus clair sur l’art-thérapie, n’hésitez pas à partager.

 

Nous avons également un livret pour vous à télécharger:

 

RÉFÉRENCES

  Kaimal, G., Ray, K., & Muniz, J. (2016). Reduction of Cortisol Levels and Participants' Responses Following Art Making. Art Therapy: Journal of the American Art Therapy Association.

  Kaimal, G., Ayzenberg, V., & Paulus, M. P. (2019). Neural Dynamics of Art Making: A Magnetoencephalographic Study of the Creative Process. NeuroImage.

  Hass-Cohen, N., & Carr, R. (2008). Art Therapy and Clinical Neuroscience. Jessica Kingsley Publishers.

  Regev, D., Kedem, D., & Guttmann, J. (2016). The Psychological Benefits of Art Therapy for Older Adults: A Systematic Review. Aging & Mental Health.

  Malchiodi, C. (2019). Expressive Arts Therapy as a Culturally Relevant Practice. Psychology Today.

  Strang, J. (2024). Art Therapy and Heart Rate Variability: A New Measure of Emotional Resilience. Journal of Psychophysiology.

  Rubin, J. A. (2005). Child Art Therapy. Wiley.

  Partridge, L. (2019). Art Therapy in Dementia Care: Improving Memory and Connection. International Journal of Geriatric Psychiatry.

  Péladeau, J.-M. Site web

Mehlomakulu, C (2017). Site web

Myths about art therapy : https://mindfulartstudio.com/7-art-therapy-myths-busted

 Toutes les images illustrant cet article proviennent de la banque d'images de Canva Pro.

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